Jean Pierre Lubac





Après avoir retrouvé la lignée maternelle de Marie Lubac (voir Elisabeth Arnichand), nous nous intéressons à sa lignée paternelle, à savoir les ancêtres de Jean Pierre Lubac.
 
Le mariage de Jean-Pierre Lubac et Elisabeth Arnichand a eu lieu à Saint-Marcel d’Ardèche dix jours après la publication des bans :
 
mariage-lubac-arnichand


« aujourd’hui quatorze germinal de lan quatre de la republique française
une et indivisible a huit heures du matin pardevant nous joseph berengier
officier public sont comparus le citoyen jean pierre Lubat journalier
résidant a lapalud, fils légitime a feu Claude Lubat et a feu Marguerite
gaillard
agé de trente quatre ans deux mois dune part et la citoyenne
Elisabet arnichand fille legitime a feu Estienne arnichand et a marianne
Cazelin agée de dix huit ans six mois dautre part. Lesquels futurs
conjoints etait accompagnés de gabriel Bergeron son neveu, de
jean françois marquet, joseph berengier fils, baptiste deydier
cest trois derniers domiciliés de cette commune et le premier de
celle de la Voute auxquels lecture faite de l’acte de publication
et promesse de mariage entre les futurs conjoints dressé par
moy et affiché le meme jour au lieu ordinaire des affiches ou
il a resté pendant trois jours sans quil soit receu d’aucun cotté
aucune opposition au mariage dont sagit […] »

Il nous faut bien les deux actes pour réunir le plus d’informations possibles : « Jean Pierre Lubat, cultivateur à la Voulte, résidant à Lapalud, fils des défunts Claude Lubat et Marguerite Gaillard, âgé de trente quatre ans deux mois. » On y trouve aussi le nom de son neveu, témoin au mariage : gabriel bergeron, ce qui nous assure une assistance complémentaire. L’indexation de son acte de naissance est disponible en ligne sur Geneanet :
 
Naissance à la Voulte le 19 août 1770 de Gabriel, fils de Jean Bergeron et de Marguerite Lubac ou Lavoula.
 
Ce détail va rapidement s’avérer précieux.
 
S’il a 34 ans et deux mois en avril 1796, cela veut dire que Jean Pierre Lubat est né aux alentours de février 1762, ce qui est cohérent avec l’âge donné à son décès. Voici le seul acte qui ait l’air de se rapprocher de ce que nous cherchons dans les Archives en ligne de La Voulte-sur-Rhône :
 
jean-pierre lubac

« L’an mil sept cent soixante deux et le dixième janvier
a été baptisé jean pierre lavoula né le huitième du
meme mois fils legitime a claude et a margueritte
blachon des isles de la voulte
le parrain a été fabien
parpalion et la marraine jeanne lavoula sa soeur ont
été presents charles daurce et le pere de l’enfant illettrés
ainsi que le parrain et la marraine » Cellier vicaire


Je crois que je n’ai jamais vu autant d’embûche pour un seul couple….smiley
 
Voici donc Jean Pierre Lavoula, frère de Marguerite Lubat dit Lavoula.
Sa mère se nomme ici Marguerite Blachon et non Marguerite Gaillard. (Ce qui le rapproche du Jean Lubac résidant à Lapalud en 1788.).
 
Les actes suivants sont les actes de décès des parents :
 
deces-claude lubac-et-marguerite


Inhumation de Claude Lavoula décédé aux isles de La Voulte le trente et un novembre 1764 à l’âge de 58 ans environ et de Marguerite Gaillard, femme de feu Claude Lavoula le six décembre âgée de quarante huit ans.

L’acte suivant est celui du mariage de Marguerite Lubac ou Lavoula, en date du 4 juillet 1769 (p188) et ne nous apprend rien, si ce n’est que Marguerite est « Lubat dite Lavoula » et que sa mère est Marguerite Gaillard.
 
A ce stade, si nous retrouvions l’acte de mariage des parents de Jean Pierre, nous pourrions peut-être reculer d’une génération. Réalisant que la mère a environ 48 ans, je pense à un mariage au moins 20 ans plus tôt : 1744 par exemple, à La Voulte… Mais en épluchant soigneusement les actes en ligne pour cette période – et il faut vraiment bien regarder car les actes ont été très mal microfilmés, ils sont difficiles à lire et les mentions en marge sont rares -, je ne trouve plus rien à La Voulte avant la naissance de Marguerite en 1749. Je reste le bec dans l’eau…
 
Je trouve cependant des remarques qui m’intriguent. Particulièrement l’acte de mariage de Mathieu Nat avec Hélène Chassoulier en 1752 (p112) :
 
« Mathieu Nat originaire des isles de la Voute à la part du Dauphiné »
 
C’est vrai que je ne suis pas de la région et que certaines subtilités m’échappent !
Je me lance alors dans une recherche Qwant (car je préfère le moteur de recherche français !), mais hélas il faut bien accepter qu’il est parfois moins performant que Google. Il faut alors une recherche avancée « les iles de La Voulte », car sinon la recherche se perd dans les Caraïbes… Et même là, peu de références, suffisamment tout de même pour nous éclairer :
« Pierre Dauteville, originaire de Grenoble, établi aux iles de la Voulte paroisse de Livron et de Loriol » […]
 
Ces îles de la Voulte sont une particularité géographique intéressante, j’y ai consacré un article spécial.
 
Je reprends donc les recherches sur les actes de Livron, dans la Drôme (les actes concernant la famille sont très peu nombreux à Loriol). Ils sont eux aussi très difficiles à déchiffrer, j’opère le plus souvent par sondage (toutes les dix pages par exemple).
 
Tout d’abord, j’essaie de retrouver cet acte de mariage. Mais il m’échappe. Après un moment de découragement, je choisis alors d’aller de l’avant pour trouver éventuellement des actes de décès bien renseignés.
J’ouvre le registre des années 1759 à 1790 et dès la première page :

deces-blachon

« Lan que dessus et le sixieme janvier a eté inhumée
margte Blachon Vve gaillard décédée le jour precedent
agée d environ soixante quinze ans present Sr Pierre frezet
precepteur de la jeunesse de ce lieu signé avec nous et de
Barthelemy Berlet ileteré de ce enqs et requis »
Deparquet vic

Me fiant à la manière dont l’acte est rédigé, je parie pour un acte de mariage dans les registres de Livron. Il est alors assez facile de le retrouver :
(Je ne montre pas l’acte car la lecture en est malaisée (p87).) En voici la retranscription :

« Ce dit jour et an que dessus [neuvième juillet 1711] Louis gaillard fils de Pierre et de feu Louise Blanc ses pères et mère d’une part, et honnete Marguerite Blachon, fille de Jean et de Marguerite Rossignol ses peres et mère d’autre après les trois publications de leur promesse de mariage faites aux prones des messes paroissiales des trois dimanches consécutifs, ont reçu les bénédictions nuptiales, en présence de […] tous illettrés. »

L’acte de décès de Marguerite Rossignol le 26 septembre 1723 est plus complet :
« Marguerite Rossignol, de la paroisse de Saint-Mamans veuve de Jean Blachon de la paroisse de Montelier […] est décédée le 24 du présent à dix heures du soir agée d’environ 43 ans. » Témoin : Pierre Blachon.
 
En remontant dans les registres et en utilisant avec précaution les arbres en ligne sur Geneanet, il est ensuite possible de retrouver les ascendances de ce couple, ainsi que la famille Gaillard, tous catholiques au XVIIème siècle.
L’acte de naissance de Marguerite Gaillard reste cependant introuvable. Il y a quelques actes dont les dates correspondraient, mais il s’agit toujours d’une Marguerite Blachon et les parents nommés ne sont pas ceux que nous attendons.
Louis Gaillard étant décédé en 1720, il se peut qu’elle soit connue sous le nom de sa mère. Il est étrange toutefois que ce ne soit pas le cas de ses soeurs Florence et Elisabeth. Une erreur dans l’enregistrement de la naissance est possible, mais rien ne peut l’affirmer.
 
En suivant la chronologie des actes, je trouve alors en 1739, p240, l’acte de mariage de Claude Lubat et Marguerite Gaillard (« Claude Devoulas » et « Marguerite Blachon »):

mariage-claude-lubac
L’an mil sept cent trente neuf et le quartorze
juillet après avoir fait les proclamations
accoutumées pendant trois dimanches
consécutifs sans qu’il aye aparu aucun
empechement canonique ou civil et ayant
receu les consentement mutuel des parties par
parolles des present suivant lusage a leglise
jay beni le marige dentre claude devoulas
du mandement de la voulte et marguerite blachon
du mandement de livron en presence des sousignes
non les parties pour ne savoir de ce enquis
et requises.

signé (entre autres) Montresse curé

Je le reproduis car c’est un des rares actes lisibles ! …mais il ne nous apprend rien de spécial.
 
S’ensuit alors une recherche minutieuse dans les registres à la recherche d’autres indices.
Recoupement de témoins, de parrains…
Commencons par l’acte de naissance de Suzanne, fille de Pierre Luba dit Lavola. Je le reproduis malgré la mauvaise qualité du microfilm car il a un double intérêt – généalogique et historique :

(cliquez sur l'image pour la visionner plus clairement)

(cliquez sur l’image pour la visionner plus clairement)


« le dixneuvième decembre mille septcent quarante cinq a été
batisée dans leglise de livron Suzanne nee le meme jour fille
naturelle de pierre luba dit lavola et de catherine guigonne

lesquels ont epousé dans une assemblée devant Louis Ranc predicant
en presence de Claude Luba dit Lavola
qui me la ainsi cerftifie et
joseph combe […] »
signé Dejainas Vicaire

 
Une « assemblée » devant un « prédicant », cela signifie que les parents sont protestants et se sont mariés « au désert ». Leur mariage, du point de vue catholique, n’est donc pas légitime. Ils « vivent en concubinage public », trouve-t-on ailleurs.
L’enfant est donc « naturel », mais pas « légitime » (peut-être pourrait-on rapprocher cela de l’acte de naissance de Marianne Cazelin ?).
Jean Pierre Lubac est lui légitime, puisque ses parents se sont mariés à l’église catholique.
 
Je reproduis ici le beau texte du Musée du désert consacré aux « nouveaux catholiques », ceux qui ont fait « abjuration de l’hérésie de Calvin » après 1685, date de la révocation de l’édit de Nantes :

« Malgré les apparences, beaucoup de protestants ont abjuré du bout des lèvres et la foi continue à brûler dans les cœurs. Une Eglise de l’ombre, appelée « Eglise du Désert », clandestine, va se lever, et va célébrer en cachette, dans les endroits isolés, déserts, le culte interdit.
Ainsi se trouvent côte à côte deux organisations ecclésiales : l’une officielle, l’autre interdite, pourchassée, condamnée mais qui restera vivace jusqu’à ce que la révolution établisse la liberté de conscience. Le seul état civil reconnu est désormais géré par l’Eglise catholique.
Beaucoup de protestants se refusent à faire baptiser leurs enfants ou à célébrer un mariage devant le curé de la paroisse. Ce serait affirmer l’appartenance à une doctrine qu’ils rejettent. Les baptêmes, les mariages vont être célébrés par les pasteurs itinérants, « au Désert ». Ils seront inscrits sur des registres sans aucune valeur légale, mais pièce à conviction mortelle pour qui les détient. Des extraits sont libellés sur de petits billets, ou sur les pages des bibles familiales.
De telles pratiques sont sévèrement condamnées : peine de galère ou de prison, fortes amendes (souvent 1500 à 2000 livres, soit 7.000 à 10 000 € d’aujourd’hui) ou séparation des ménages considérés comme concubins. Les enfants, assimilés à des bâtards sont privés d’héritage. On force les parents à les faire baptiser sous peine d’enlèvement et de détention dans des couvents.
Pour marquer une union, les couples ont souvent recours au notaire qui enregistre la promesse de mariage. Quelques protestants vont quand même voir le curé qui célébre le baptême ou le mariage, donnant une existence légale à l’enfant ou au couple, puis ils iront dans une assemblée clandestine où le pasteur officiera selon « la discipline des églises réformées ». »

et ce jusqu’aux environ de 1770.
 
Revenons à ce dernier acte. Nous retrouvons Claude Luba dit Lavola. Supposons une certaine règle dans les surnoms, Pierre et Claude sont probablement frères, ou tout du moins très proches cousins. Dans les registres, nous trouvons aussi Jean-Louis Luba dit Lavola. Une génération plus tard, les enfants de Jean-Louis et ceux de Pierre sont dits « cousins ».
Or Jean-Louis Luba et Louise Merle « n’ont point épousé à l’église ». Le père de Louise est « mort hors de l’église », c’est-à-dire protestant lui-même, ayant refusé les sacrements catholiques. Louise Merle « a été inhumée selon le rite des non catholiques ». Certains de leurs enfants épousent aussi « au désert ».
Les registres protestants de Livron de 1770 à 1785 sont en ligne. On y retrouve l’acte de décès de Pierre Lubac « dit LaVoula », qui ne nous apprend rien de plus sinon qu’il serait natif de Pommier, mandement de la Voulte. Les noms de ses parents ne sont pas renseignés (sa fille Suzanne, déclarante, ne les connaissait pas), le prénom de sa mère pourrait avoir été confondu avec celui de sa femme.
Y figurent aussi les actes de mariage de ses filles et de ses neveux. On en retrouve certains dans ces actes assez rares dans les archives catholiques de « réhabilitation des mariages en faveur des non catholiques » effectués après 1789 : une trentaine de pages.
Etant donné le risque encouru, il est peu crédible qu’ils aient été des « nouveaux convertis ». Je pense qu’on peut y voir des descendants de vieilles familles protestantes, ce qui montre une belle survivance de cette foi dans la commune.
 
Pour Claude, c’est un peu différent. Une vraie histoire d’amour ? Sa femme étant d’ancienne famille catholique à ce qu’il semble, il aurait accepté, au moins pour lui plaire ou plaire à ses parents, les rites catholiques (mariage à l’église, enterrement catholique). Le fait que les actes les concernant soient si succincts proviendrait peut-être alors d’une certaine réticence des curés à leur encontre.
 
Si on fait des recherches poussées concernant les Lubac, ceux d’Ardèche en tout cas, on en trouve des catholiques (principalement à Saint-Victor), et des protestants (entre autres à l’Alboussière au nord de la Voulte, comme nous l’avons déjà vu). Les registres protestants n’étant pas numérisés pour la période entre 1685 et 1749, il nous est difficile de le vérifier de cette manière-là. Les registres catholiques sont indisponibles entre 1697 et 1714 pour La Voulte.
 
Par curiosité, on peut citer un ancien contrat de mariage datant de 1643 environ, entre « Noé Lubac marchand tanneur, fils de feu maître Jacques, de la paroisse de Saint-Barthélémy-le-Meil avec Marie Chambaud de la ville du Cheylard ». Les enfants ne figurent pas sur les registres catholiques.
 
Avec les Lavoulas, aurons-nous plus de chance ?
Peu de choses en ligne. Continuons à scruter les registes catholiques de Livron et de La Voulte.
Nous retrouvons Gabriel Dusserre, parrain de Marguerite, fille de Claude. Il a épousé en 1740 à La Voulte Françoise Lavoulas, dont les parents sont Jean Lavoula et Jeanne Souchier. Ils habitent aussi sur les îles de La Voulte.
Le jeu des parrainages et des témoignages divers nous permet de reconstruire la fratrie suivante :
Jean (époux Souchier), Elisabeth (épouse Brotte), Jeanne (épouse Marcellin), qui se sont mariés à l’église catholique avant 1721. (Marc Antoine Marcellin, fils de Jeanne s’est pourtant mariés « au désert »).
Sur l’acte de mariage d’Elisabeth, une avancée notoire : elle est appelée « Elisabeth Avoulas, fille à feu Claude et Madeleine Gounet » ou Granet.

mariage-jeanne-avoula
Et là, les renseignements sur Généanet sont plus fournis, notamment une famille à… Saint-Barthélémy-le-Meil. Dont un Claude né en 1672, dont on est sans nouvelles… Cette famille semble plutôt catholique.

Ma dernière hypothèse :
Claude Avoulas se marie avec Madeleine G... vers 1690
	Ils ont plusieurs enfants entre 1690 et 1700 : Jean, Jeanne, Elisabeth, YY...
		Cette YY Avoulas se marie avec XY Lubac.
			Ils ont plusieurs enfants à La Voulte entre 1705 et 1714. 
			Ils meurent avant 1715.
				Claude, Jean-Louis, Pierre...		
Ou YY serait une soeur de Claude 1672, ce qui ferait des dates moins rapprochées.

A confirmer ou infirmer...

Il faudrait pour cela, trouver par hasard des données en ligne sur des registres catholiques que je n’aurais pas encore feuilletés (et j’ai parcouru une grande partie des registres dans les 15km à la ronde, pas tous les registres protestants cependant).

Soit, plus sûrement, retrouver ou moins un contrat de mariage dans les archives notariales à Livron ou aux archives départementales à Valence ; ou dans celles de La Voulte ou aux archives départementales à Privas. Ces arcives ne sont pas en ligne pour l’instant.

Au choix :
- à La Voulte
	Claude Avoulas et Madeleine G. vers 1690
	tout autre mariage Avoulas, homme ou femme.
	XY Lubac et YY Avoulas vers 1705 ?
	Tout autre mariage Lubac dans la période 1680-1710
	Claude Lubac dit Lavola et Marguerite Gaillard dite Blachon (1739)
- à Livron : 
	Claude Lubac dit Lavola et Marguerite Gaillard dite Blachon (1739)
	Pierre  Lubac dit Lavola et Catherine Guigon dite Sennas (1744-1745)
	Jean-Louis Lubac dit Lavola et Louise Merle (vers 1740)

Eventuellement des testaments, dans les archives des deux villes.

NOUVELLE BOUTEILLE À LA MER !!!

Vous pouvez voir l’arbre de Jean-Pierre Lubac et Elisabeth Arnichand sur l’arbre de leur descendant Didier Leaune.

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