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George Reichard, soldat canadien dans la Grande Guerre


George Reichard
 
 
 
 
 
 
Le 27 septembre 1918, George Reichard
soldat du 47e Bataillon de la 4e Division Canadienne
est « killed in action », tué instantanément par des schrapnels,
le matin de l’offensive dite « du Bois de Bourlon » (Pas-de-Calais), près de Cambrai (Nord), en France.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L’engagement du Canada dans la guerre de 1914-1918

 

Dès le 4 août 1914, jour de la déclaration de guerre du Royaume Uni à l’Empire allemand, le Canada est légalement en guerre. Le pays est un «dominion» auto-géré de l’Empire Britannique mais ne contrôle pas ses affaires étrangères.Affiche de recrutment canadienne de la guerre de 14-18 Si l’entrée en guerre n’est pratiquement pas remise en question à cette date-là, la taille et la nature de l’engagement sont vigoureusement débattues, ainsi que les relations avec la Grande-Bretagne.
Le Canada ne dispose pas d’une grosse armée, jusqu’à ce jour seules des milices de volontaires ont une activité régulière, principalement de surveillance des frontières. Ainsi les Canadiens doivent être motivés pour participer à cette guerre. Une grande campagne de propagande est organisée, vite relayée par l’opinion publique. Les « Canadiens » se précipitent alors pour s’engager pour raisons de patriotisme, de goût de l’aventure, pour s’opposer à l’agression germanique ou pour des liens particuliers avec la Grande-Bretagne. D’autre part, il était courant dans beaucoup d’endroits du pays de penser que ceux qui ne s’engageait pas étaient des couards, remettant en cause aussi leur loyauté au pays. De fait, peu d’engagés sont réellement de nationalité canadienne : ceux qui se sentent le plus concernés sont ceux nés sur le sol britannique.
Devant la rigueur et la longueur de la guerre l’enthousiasme faiblit et il faut, à la fin de 1916, après de longs débats, recourir à la conscription obligatoire.
 
 
 

Le parcours du soldat George Reichard

 Région de Waterloo,Canada

George Reichard, est né en 1878 à Wellesley, Région de Waterloo dans l’Ontario.
Il a 36 ans en 1914 et vit chez ses parents à Hensall dans le Comté du Huron, un peu plus à l’Ouest, toujours en Ontario. Il est ouvrier de filature. Sur son dossier militaire, il est indiqué qu’il mesure 1 mètre 80 et que sa forme physique est «excellente». Il a régulièrement servi l’été (treize en tout) dans la milice dans le 33e Bataillon d’Infanterie du Huron. Il est « Canadien ».
 
Donc, George Reichard se porte volontaire le 6 avril 1916 pour servir dans le 161e Bataillon du Huron en tant que simple soldat de la « Canadian Overseas Expeditionary Force ».
Il commence son entraînement au Canada jusqu’au 6 novembre. Il établit alors son testament et s’embarque depuis Halifax pour Liverpool où il arrive le 11 et rejoint le Camp de Witley, dans le Surrey, où il perfectionne son entraînement pendant quinze mois avant d’être transféré au Camp de Bramshott dans le Comté d’Hampshire en mars 1918. Il est alors intégré dans le 47e Bataillon d’Infanterie Canadienne (Régiment d’Ontario Occidental), 4e Division des Forces Canadiennes.
Fin mars 1918, George Reichard est envoyé sur le territoire français en renfort des Forces Canadiennes, sans précision de lieu : la réalité des forces alliées devait être gardée secrète en vue d’une offensive déterminante, connue depuis sous le nom des « Cent Jours du Canada ».
 
Enfin le 6 août il est envoyé au front : c’est d’abord la Bataille d’Amiens (11 800 victimes canadiennes).
 
Canadian advance 1918

Après la prise d’Amiens le 8 août, les commandements alliés s’accordent sur une offensive multi-armées sur le front de l’Ouest contre les forces allemandes qui, pour la première fois dans la guerre semblent vulnérables.

Les Canadiens sont en première ligne de l’attaque menée par la Première Armée Britannique sur le front d’Arras, sur la ligne Drocourt-Quéant et commencent leurs opérations le 26 août. Le bombardement initial fait exploser les positions allemandes mais est suivi d’une intense bataille longue d’une semaine, faisant plus de 11 000 victimes canadiennes. Les troupes canadiennes percent la ligne très fortifiée de Drocourt-Quéant le 2 septembre.
Après presque un mois de préparations et de plannification, le Canadian Corps se lance alors dans une opération très risquée dont l’objectif est de reprendre la position stratégique de défense allemande connue sous le nom de « Ligne Hindenburg », par le Bois de Bourlon situé sur la ligne de crête à l’ouest de Cambrai, non loin du canal du Nord, de l’Escaut canalisé – deux objectifs cruciaux pour le contrôle des importants axes routiers et ferroviaires de Cambrai.
Cette opération, commencée le 27 septembre au matin, se termine le 9 octobre suivant par la reprise de Cambrai.

A 5:20 le matin du 27 septembre, la 1e Division Canadienne avance rapidement, et traverse le lit à sec du Canal du Nord à l’aube. Passant à travers ses rangs, la 4e Division entre dans le village de Bourlon à environ 9:45 du matin, mais les pertes humaines ont été lourdes.
C’est là que le soldat Reichard est atteint par des schrapnels mortels.

A 2 heures de l’après midi, les Canadiens atteignent l’objectif de la reprise du Bois de Bourlon. Les divisions canadiennes et anglaises repoussent ensuite les Allemands de la tranchée de Marcoing. La victoire est acquise à 8 heures du soir, quand la dernière poche de résistance est vaincue.

Les Batailles d’Arras et du Canal du Nord ont fait environ 30 000 victimes canadiennes, mais ont aidé à briser les dernières positions défensives de l’armée germanique. Après la traversée du Canal du Nord par les toupes canadiennes et les autres troupes alliées, les forces allemandes sont complètement engagées dans la retraite. La fin de la guerre est proche.
 
 
 
Sources principales :
 
Bibliothèque et Archives Canada, Première Guerre Mondiale
et particulièrement : La Bataille du Canal-du-Nord et de Cambrai et le dossier militaire personnel du soldat George Reichard.

Musée Canadien de la Guerre, Le Canada et la Première Guerre Mondiale

Vous pouvez regarder les documentaires suivants sur le site de l’Office National du Film du Canada : Entre les lignes, la vie du soldat (9 minutes) ou Entre les lignes, film de Claude Guilmain (33 minutes)
 
 
 
L’engagement de George Reichard : une affaire de famille ?

68-Burnhaupt le Haut - maison

Une des rares maisons de Burnhaupt-le-haut à avoir résisté à la Première Guerre Mondiale


Ignace Arnitz, sa femme Barbara (née Koegler) et leur deux premières filles s’embarquent pour la grande aventure de l’émigration en Amérique entre 1852 et 1854.

Ils quittent Burnhaupt-le-Haut, dans le Haut-Rhin (France) et au vu des événements ultérieurs, on serait tenté de dire que leur émigration était peut-être une bonne idée : ils sont partis avant l’épidémie de choléra de 1855, ils ont échappé à la guerre de 1870, à l’occupation allemande (encore que… j’y reviendrai), aux premiers jours de la guerre en 1914, lorsque Burnhaupt s’est retrouvé sur la ligne de front, presque entièrement détruite, et ses habitants évacués sur Mulhouse…
 
 
 
 
 
 
 

Leur destination est le Canada et plus précisément la Région de Waterloo dans l’Ontario, entre le lac Erié, le lac Ontario et le lac Huron, non loin des chutes du Niagara. A cette époque, cette région ressemble assez à leur région d’origine : vallonnée et boisée, à dominante agricole.

 
 
Je n’ai pas retrouvé trace de leur passage sur un bateau pour les Etats-Unis et s’ils sont arrivés directement au Canada, les listes de passagers d’avant 1865 sont peu nombreuses dans les archives. La date exacte de leur voyage est donc pour le moment inconnue. (Ils ont peut-être cependant rempli une demande en France, à rechercher). On peut cependant cerner cette date entre deux accouchements : le trajet est long pour traverser l’Atlantique, puis en chariot (ont-ils déjà profité des premiers trains ?) de la côte atlantique à l’Ontario. Or leur fille Joséphine est née pour Noël 1851 et Barbara a accouché de sa troisième fille, Mary Ann, au mois d’août 1854 à Saint Agatha dans la région de Waterloo. Il faut espérer qu’elle n’a pas fait le voyage enceinte de plus de six mois. Ou alors qu’elle a débarqué en hiver mais trouvé un endroit confortable pour attendre le dégel.
 
 

Ils y ont déjà de la famille et des voisins : la tante de Barbara, Marguerite y est arrivée au début des années 1830. Même si elle déjà décédée en 1852, Barbara a de très nombreux cousins et cousines ! Leurs voisins Pierre et Thiébaud Kuenemann, maçons de Mortzwiller y sont depuis 1840 ; les tuiliers Ignace Ditner et Xavier Schueler y sont depuis à peu près la même époque. Leur départ a dû faire du bruit dans le pays. Peut-être ont-ils fait savoir à Ignace qu’il pouvait y avoir du travail pour lui dans la région ? Elle est en pleine expansion et il y faut de la main d’oeuvre pour construire villes et villages. Alors, de tuilier Ignace devint aussi briquetier (ce qui est une variante logique de la profession, à l’époque).

Un autre avantage de la région de Waterloo en 1854 est que la population est majoritairement germanophone : des mennonites venus de Pennsylvanie parlent un dialecte compris par les Allemands venus directement d’Allemagne et les Alsaciens se fondent probablement bien dans le décor, même s’ils sont très minoritaires. La ville principale est Berlin.
La belle entente se dégrade en 1870 quand les Allemands s’emparent de l’Alsace. En 1871 se tient la «Friedenfest», «Fête de la paix», pour célébrer la victoire de la Prusse sur l’Allemagne. Plus de 10 000 Allemands y participent. Pendant les deux décennies suivantes, les Allemands de première et de deuxième génération restent très attachés à leurs racines, même s’ils disent se sentir de plus en plus britanniques. En 1914, l’animosité envers les Allemands se cristallise : le buste de l’Empereur Guillaume Ier est jeté dans le lac du Parc Victoria à Berlin. L’attachement au Canada est questionné. Le nom même de la ville est remis en question. Après un vote populaire en juin 1916, la ville est renommée Kitchener. Le sentiment anti-allemand est présent dans tout le pays, les noms de rue changés, des camps d’internements créés pour les «ennemis étrangers» (plus de 8 000 germanophone y ont été internés au cours de la guerre).

Wellesley

vue rurale de Wellesley


Les cinq filles Arnitz restent cependant dans les environs de Waterloo jusque dans les années 1890. La génération suivante partira pour les Etats-Unis.
Une exception : Mary-Ann, le première « Canadienne » de la famille épouse en 1875 Adam Reichart. Adam est né en Allemagne, dans le grand duché de Hesse en 1853. Il est arrivé au Canada encore bébé. On ne trouve pas trace de ses parents (Conrad et Elisabeth) dans les registres : ils sont probablement décédés avant 1875. Le couple s’éloigne de la région en 1879, se dirigeant vers l’Ouest et le lac Huron. Lucan, Hay, ils finissent par s’établir à Hensall (maintenant partie de la communauté de communes de Bluewater). Ils restent probablement en contact avec les parents de Mary-Ann, qui parlent encore de l’Alsace – en alsacien.
Les grands-parents décèdent en 1897, à un mois d’intervalle.

George Reichart, deuxième fils de Mary-Ann et d’Adam est né en 1878. Il a donc connu ses grands-parents alsaciens presque jusqu’à ses vingt ans. Il ne semble avoir pas connu ses grands-parents allemands.
Son nom est souvent changé en Reichard sur les papiers officiels, parfois même en Richard, accentuant son caractère « Canadien », britannique – de la deuxième génération déjà de part sa mère.
Même s’il hésite un an et demi après le début de la guerre pour s’engager, de nombreux facteurs semblent réunis pour qu’il se décide :

– il est célibataire ;
– d’origine alsacienne entretenue longtemps par ses grands-parents, il a peut-être à coeur d’aider à chasser les Allemands hors de l’Alsace ;
– ses origines allemandes sont mal acceptées (ses parents se sont éloignés du coeur de la région germanophone pour se retrouver en territoire plus anglophone, neutre pour le couple ; son père n’a pas de famille pour lui rappeler ses origines) ;
– et puis il doit, à cause de ces origines prouver son attachement à sa patrie de naissance.

Les motivations patriotiques et sentimentales tant mises en avant dans la propagande pour la conscription volontaire sont là bien présentes.

Il est certain que George Reichart a combattu pour le Canada et la Grande-Bretagne. Mais n’a-t-il pas aussi combattu pour la France ? Ne mériterait-il pas une mention «Mort pour la France» ? ou tout du moins «pour l’Alsace française»?

Il est resté sur le sol français

Le soldat George Reichard a été inhumé au Quarry Wood Cemetery, cimetière militaire canadien de Sains-les Marquions, commune limitrophe de Bourlon dans le Pas-de-Calais. Ce cimetière de plus d’un hectare comprend plus de 278 sépultures.
A l’Ouest du Bois de Bourlon se dresse un monument canadien honorant la mémoire des soldats qui y sont morts; il jouxte un cimetière militaire britannique.

Memorial de Bourlon

The Canadian Corps on 27th sep.1918 forced the Canal du Nord and captured this hill.
They took Cambrai, Denain, Valenciennes & Mons; then marched to the Rhine with the victorious Allies.

George Reichard a reçu la « British War Medal » à titre posthume.

Son neveu Aaron Knechtel a lui aussi combattu pendant les derniers mois de cette guerre, engagé avec l’armée américaine. Il en est revenu sans blessure (physique).

Champs d'honneur

Champs d’honneur : documentaire de 1964 sur le site de l’Office National du Film Canadien


merci à Mary, ma cousine de l’Illinois sans l’aide de qui cet article n’aurait pu se faire…

Soldat alsacien dans la Grande Guerre





Guewenheim monument aux morts

Sur le monument aux morts du village de Guewenheim, à quelques kilomètres à l’Ouest de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, cette inscription pudique :

« HONNEUR À NOS MORTS »
 

En effet, cette mention renvoie à des réalités bien différentes :
 
il y a les morts sous le drapeau allemand
et les morts sous le drapeau français,
tous réunis dans un même hommage.
 
 
 
 
Quand la guerre débute, le 1er août 1914, l’Allemagne est la première à mobiliser, suivie de près par la France. En ces premiers jours de guerre, l’Alsace est allemande. Ceux qui y ont fait leur service militaire sont donc réquisitionnés par l’Empire allemand. Les plus malchanceux partiront dès les premiers jours de la guerre, sans se poser la question d’un choix.
Or, dès le 5 août, le gouvernement français fait promulguer une loi permettant aux Alsaciens-Lorrains de s’engager volontairement dans l’armée française. Cet engagement étant considéré du point de vue allemand comme une désertion, les soldats sont souvent obligés d’opter pour une nouvelle identité, afin, au cas où ils seraient faits prisonniers, de ne pas être jugé coupable de trahison et punis de mort et afin d’éviter que leur famille ne subisse des représailles. D’autre part, ils sont envoyés loin du front, à moins de signer, à partir du 4 janvier 1915, qu’ils consentent par écrit à se battre contre les Allemands.
 
En feuilletant les livrets matricules (en ligne sur le site des Archives du Haut-Rhin pour la période allant de 1893 à 1921), ces situations se retrouvent clairement.
Il faut noter que ces livrets ont été mise en place par le gouvernement français après la guerre, alors que l’Alsace est redevenue française et qu’il faut établir le statut militaire des hommes présents sur le territoire et encore en âge d’être mobilisés. Il ne prend donc en compte que les survivants, d’un camp comme de l’autre.
 
Mis à part les Alsaciens qui se trouvaient déjà sur le territoire français lors de la déclaration de guerre, trois cas se distinguent :
 
 
les soldats qui n’ont pas fait la guerre (trop aĝés, chargés de famille, handicapés, etc.). Ils ont la mention « N’a pas servi dans l’armée allemande ». Ils ne sont généralement plus mobilisables.
n'a pas servi en Allemagne
 
 
les soldats qui ont fait toute la guerre dans l’armée allemande (souvent du 1er au dernier jour).
Ils ont la mention : « a servi dans l’armée allemande » et le plus souvent le tampon :
réintégré de plein droit
Il leur est donné une nouvelle affectation quand ils sont encore mobilisables :
réintégration d'un soldat alsacien
 
 
les soldats qui sont partis pour Mulhouse dès sa libération au début du mois d’août, plus souvent vers Belfort ou Besançon, pour s’engager volontairement dans l’armée française. (Certains ont déserté l’armée allemande au cours de la guerre ).
 
on remarque sur cette fiche le « nom de guerre » : Luigi Bellardi.
Fiche matricule d'engagé volontaire 1
 
 
 
 
 
 
 
Leur parcours est souvent dans les territoires d’Outre-Mer ( ici : Côte d’Ivoire, Tunisie, Maroc en tant que zouave dans la Légion Etrangère). Comme la loi les y autorise, ils réclament ensuite la nationalité française. Puis, à leur démobilisation, ils se retirent en Alsace.
Fest engagé volontaire alsacien
 
Ceci leur vaudra plus tard la reconnaissance de la patrie française : la Médaille des Évadés, créée le 20 août 1926, ainsi que, plus tard, éventuellement, la Croix du Combattant Volontaire.
médaille des Evadés
(Il est à noter que cette personne a aussi fait partie des FFI, section de Mulhouse, pendant la 2nde Guerre Mondiale.)
 

Le frère de mon arrière-grand-mère, Léonard Ringenbach, quant à lui, a choisi une option particulière.
De la classe 1902, il a fait son service militaire dans la Marine allemande, à Wilhemshaven.
Leonard Ringebach en costume de marin allemand
J’ai retrouvé son carnet militaire, accompagné des instructions en cas de déclaration de guerre :
carnet militaire de l'empire allemand
Consigne en cas de déclaration de guerre
Consignes en cas de déclaration de guerre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sentant probablement le vent tourner, il a décidé, à la fin de l’année 1913, d’émigrer « en Amérique ». Pour cela, il a dû demander une dispense de présentation à sa période de renouvellement de son service pour deux ans pour cause de « congé ». Cette dispense lui a été accordée, mais il est spécifié qu’en cas de mobilisation, il doit impérativement rejoindre son affectation militaire. Il s’en est bien gardé, évidemment…
Dispense de service pour cause de congé
Registration card 1918 Leonard Ringenbach
Sa carte d’enregistrement établie aux Etas-Unis le 12 septembre 1918 nous informe qu’il était « ressortissant d’Alsace-Lorraine » et dans ce cas « réclamé par l’Allemagne ». Il n’est cependant pas parti.
 
 
 
 
 

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Sur mon arbre généalogique figurent deux soldats nés à Guewenheim et décédés au cours de la Première Guerre Mondiale dont le nom est porté sur le monument aux morts de Guewenheim.
 
 
Aloys Arnitz, (1882-1914), cousin de mon arrière-grand père, est décédé dans les rangs de l’armée allemande.
 
Dès les premiers jours de guerre, le 21 août 1914, il est tombé dans le secteur de Schimerck (Bas-Rhin).

décès Aloys Arnitz 1914 surligné

Wehrmann Alois Arniz – Gehenheim, Kreis Thann -tot.


Il était « Wehrmann », simple soldat, de la 9ème Cie, IIIème Bataillon de la réserve d’infanterie, Régiment n°110 (Rastatt, Karlsruhe, Mannheim).
Cimtière militaire allemand de La Broque
Ses restes reposent au cimetière militaire allemand de La Broque (Bas-Rhin).
 
 
 
 
 
Sur sa fiche retrouvée sur le site MemorialGenWeb, en regard de la rubrique « Mention Mort pour la France » est inscrit : « Mention non applicable ».
 
 

Joseph Schmitt (1886-1918) est Mort pour la France.
 
Le 31 juillet 1914, dernier jour de « paix », Joseph Schmitt se marie à Rougegoutte, (actuellement dans le Territoire de Belfort, à l’époque encore dans le Haut-Rhin). Il y réside quand il s’engage, probablement en 1915 d’après sa fiche retrouvée sur le site « Mémoire des Hommes » (déserteur ou non retenu pour le service allemand ?).
Incorporé à Besançon, sa dernière affectation connue est le 16e Régiment d’Infanterie Coloniale (Chine, Cochinchine, Tonkin) où il est soldat de 2nde classe. Il est envoyé en Chine puis, en 1918, il est choisi pour faire partie des « marsouins » qui formeront le Bataillon Colonial Sibérien chargé de lutter contre les Bolcheviks en Sibérie au côté des Tchèques. Ce Bataillon est d’ailleurs constitué de zouaves Alsaciens-Lorrains.
Sur sa fiche, il est indiqué que le 31 octobre 1918, il a été « tué par une explosion d’un convoi de munitions qu’il escortait ».
 
Toujours sur le site de Mémoires des Hommes, à la section « Journaux des marches et opérations des corps de troupe », Bataillon Coloniaux, Bataillon Colonial Sibérien, J.M.O. 13 juillet 1918-10 mars 1920, cote 26N 868/13, p32, on trouve l’information suivante :
 
décès de Joseph Schmitt
« Irkoutsk, 2nov. – Arrivée à 14 heures. – Le Commandant apprend que le train tchèque de munitions escorté par la demi-section de zouaves (Lt.Braunstein) a sauté par suite d’un accident à Biélaia (74 verst à l’Ouest d’Irkoutsk). Le caporal et deux hommes de l’escorte ont été tués et le lieutenant et deux hommes ont été blessés. Le train qui comprenait 40 wagons a été détruit, 5 wagons seulement ont pu être sauvés. L’accident ne semble pas être dû à la malveillance, mais à la négligence du personnel des chemins de fer russe. »
 
 
 
Pour approfondir le sujet, je vous conseille quelques lectures :
 
L’engagement des Alsaciens-Lorrains dans l’armée française pendant la Grande Guerre, sur le site de l’Association historique de Kalhausen.
 
La Bataille du Donon, bataille près de Schirmeck du 14 au 21 août 1914. Il est très probable que Aloys Arnitz soit décédé lors de ces combats.
 
Le Bataillon Colonial Français de Sibérie, extraits de la thèse du colonel Boulié, lieutenant au 16° R.I.C. en 1918 et de la causerie-débat de M. Borde, marsouin au 9° R.I.Ma. en 1961.

 
 
(la liste des victimes de guerre allemandes est disponible avec un abonnement payant à Ancestry :
Germany, World War I Casualty Lists, 1914-1917, Verlust-Liste Nr. 0020-0060 (11 Sep 1914 – 29 Sep 1914) > Verlust-Liste Nr. 0050 (26 Sep 1914))

la généalogie dans la littérature





les écrivains parlent de généalogie


de la dentelle

de la poussière
 
 

Joseph Arnitz tuilier


Joseph Arnitz, né en Suisse, dans la région de Lucerne vers 1650, est arrivé en Alsace dans les années 1680 pour y exercer son métier de tuilier à l’abbaye de l’Oelenberg, près de Mulhouse.
Comme vous pouvez le voir sur cette photo : abbaye Notre-Dame d’Oelenberg, il y avait beaucoup de tuiles à fournir !

Tuiles en queue de castor

 

La production est une tuile d’argile, plate, à bout arrondi, dite « à queue de castor» (Biwerschwanz).

 
 
 
 
 

Un certain nombre de ses descendants ont continué à exercer ce métier, et à marier leurs filles à des tuiliers.

jean jacob arnitz

Marque de Jean Jacob Arnitz au mariage de son fils Jean en 1736

A cette époque, les tuileries sont le plus souvent communales. Les tuiliers les occupent par un bail de trois ans, en général. Ils se déplacent donc souvent. Très difficile physiquement, il n’était pas rare à l’époque que cette activité soit saisonnière (l’hiver principalement) et qu’elle alterne avec une autre occupation, celle de tisserand ou d’agriculteur, par exemple.
Mes ancêtres ont majoritairement acquis un bout de terrain pour y finir leurs jours.


Dans les années 1860, les tuiliers se confrontent à une nouveauté technologique : la tuile industrielle, inventée en 1841 par les frères Gilardoni. Plus légère, plus rapide à faire, et surtout beaucoup plus pratique à utiliser, elle va peu à peu remplacer la tuile artisanale.
Peu de tuiliers artisanaux alsaciens ont pu se reconvertir à la fabrication industrielle, car l’investissement demandé était très important. Des 200 tuileries artisanales encore en activité à la fin du XIXème siècle, seules deux subsistent aujourd’hui.

Grâce au site frise chronologique, j’ai dressé une frise généalogique des descendants de Joseph Arnitz ayant exercé ce métier de tuilier, en Alsace principalement, mais aussi en Lorraine et Franche-Comté, ainsi qu’au Canada,

 
(cliquez sur l’image pour la voir plus nettement)


Il y manque certaines informations. Les archives du Haut-Rhin n’étant en ligne que pour la période post-révolutionnaire, j’ai cependant réussi à glaner quelques dates antérieures grâce à l’aide de généalogistes amateurs; j’attends avec impatience la mise en ligne des registres paroissiaux pour terminer cette étude.


Vous trouverez sa généalogique sur l’arbre que je lui ai dédié sur Généanet : arnitzbis

Les annotations (anciennement post-it) sur Généanet





Les annotations (post-it) sont un moyen très commode mis en place par Généanet. Il s’agit toutefois de bien en saisir le mécanisme pour pouvoir les utiliser de manière optimale. Or ceci n’est pas suffisamment expliqué, et je vous fais part de mes conclusions sur la manière de les employer, suivant le besoin qu’on en a.


1. Vous voulez laisser une trace pour vous sur un arbre quelconque
2. Vous voulez envoyer un message concernant une fiche au propriétaire de l’arbre que vous visitez
3. Vous travaillez à plusieurs sur un même arbre mais vous n’avez pas tous le statut d’éditeur


Tout d’abord, le post-it se trouve sur chaque fiche, dans la ligne cliquable en haut :
arbre / fiche / Photos et Documents / post-it

 
attention : Généanet est toujours en train d’évoluer ! Le post-it s’apelle dorénavant « annotation » et la manière d’y accéder à changé ! il s’agit maintenant de cliquer sur le carré blanc et gris à droite, avant « Edition ». (Le principe reste le même).
 


1. Vous voulez laisser une trace pour vous sur un arbre quelconque :
Cliquez sur cette fenêtre post-it, il apparaît un petit carré jaune :


Ecrivez une note, par exemple : « j’ai des doutes sur la date de naissance ».
Cliquez sur « fermer la fenêtre » deux fois de suite.
Il apparaît alors un chiffre sur le post-it de la bande de la fiche qui vous signale que vous avez écrit un post-it sur cette fiche :


Attention : si vous voulez rajouter quelque chose à un post-it déjà écrit depuis quelques temps, il se peut que quand vous commencez à taper le complément ce qui a déjà été écrit auparavant DISPARAISSE! Avant d’écrire, faites un ‘copier’ de ce qui est déjà sur la note, pour pouvoir le re’coller’ au cas où…


Si vous voulez savoir quels sont les post-it que vous avez écrits, deux solutions :


On les retrouve sur son arbre dans la rubrique « mes post-it » (‘ma généalogie’ en haut à gauche)



là vous verrez TOUS les post-it que vous avez écrits sur TOUS les arbres.


vous pouvez les retrouvez en triant par individu / par arbre sur lequel vous l’avez laissé / par date à laquelle vous l’avez écrit.


Quand il y en a beaucoup (9 pages chez moi!) c’est bien de pouvoir les trier, mais il faut souvent les regarder un par un pour retrouver ce que l’on veut. Mais cela peut-être quand même un bon outil de travail.


Il se peut aussi que lorsque que vous vous rendez sur un arbre que vous avez déjà visité, vous ayez envie de savoir ce que vous y avez déjà laissé :


2. Vous voulez envoyer un message concernant une fiche au propriétaire de l’arbre que vous visitez
(vous vous demandez quelle est la source de l’information, vous voulez faire remarquer une erreur de frappe, vous êtes cousin avec le propriétaire et vous voulez lui faire partager des informations sur un ancêtre…, ça c’est la solidarité Généanet).
Écrivez le post-it de la même manière qu’en 1.


Au lieu de taper deux fois sur fermer la fenêtre, cliquez sur:
« cliquez ici pour envoyer un message au propriétaire de l’arbre »
(ceci n’est possible que si le correspondant a activé sa messagerie Généanet, bien sûr).


Vous êtes alors redirigé vers un message préécrit. Personnellement, j’attends cette page pour écrire tout en détail, c’est plus facile. On peut personnaliser, changer toutes les formules, mettre salut ! et grosses bises! si c’est un correspondant qu’on connaît bien. Se présenter de manière plus formelle si c’est le première fois qu’on correspond…
Le correspondant saura tout de suite de qui on lui parle : en cliquant sur le lien à la personne, il sera redirigé directement sur la fiche sur laquelle vous avez laissé le post-it.
(« je voulais vous faire part d’une remarque sur UNTEL », s’il a plusieurs untel sur son arbre, c’est bien simple, on est sûr qu’on parle du même).


Le message ouvre « un fil de discussion ». Le correspondant reçoit une alerte dans sa boîte mail normale et est redirigé vers la messagerie Généanet. S’il veut vous répondre, il peut le faire à la suite, et comme cela vous pouvez engager une discussion que l’on espère riche et chaleureuse !
Attention là encore ! Il ne faut pas re-citer de lien à une fiche dans cette messagerie, cela crée une boucle et corrompt le fil de discussion, qu’il faut alors jeter à la corbeille ! Si vous voulez vous référer à une autre fiche, il faut créer un autre post-it et un autre fil de discussion.


La mention « cliquez etc. » n’apparaît qu’à la création du post-it. Si vous avez déjà un post-it sur une fiche et que, quelques temps plus tard, vous vouliez envoyer un message au propriétaire de l’arbre, il vous faut supprimer votre ancien post-it (copiez au besoin les informations existantes) et le recréer.


3. Vous travaillez à plusieurs sur un même arbre mais vous n’avez pas tous le statut d’éditeur
Au lieu de vous envoyer des messages sans fin – quand vous retrouvez un décès, un mariage, un recensement etc .- reliez-vous entre vous par le système « d’invitation », dans « Communauté » > « Contacts ». (Il faut pour cela vous faire confiance car vous allez alors avoir accès aux informations plus confidentielles s’il y en a.)
Une fois que vous êtes « invité » sur un arbre, tous les éditeurs de cet arbre peuvent voir tous les post-it des invités.
Un seul détail (ce qui vous permet de pouvoir continuer à faire des post-it personnels sur une fiche sans en avertir la galaxie) : il vous faut décocher la case « post-it » privé qui apparaît lorsque vous êtes invité pour que ces post-it soient « publics ».


En se rendant dans « post-it sur cet arbre », l’éditeur verra alors vos post-it (d’une couleur différente des siens) et pourra les traiter quand il en aura le temps. C’est plus facile à retrouver que des messages dans une boîte mail, c’est plus direct et plus sûr. Par contre, si il décide de les effacer quand la mise à jour est terminée, ils disparaîtront pour vous aussi. Si tout a été retranscrit sur la fiche, pas de problème, s’il manque des informations, assurez-vous de les avoir gardées ailleurs si elles sont vraiment importantes pour vous.


Par exemple :
J’ai repéré un arbre où la personne fait des relevés de tout un village, mais il lui manque des données. Il se trouve que je travaille sur les mêmes villages et que je croise au cours de mes recherches des dates qui lui manquent (mais qui a moi ne servent à rien). Je trouve dommage de laisser passer toutes ses informations et je ne veux par surcharger mon propre arbre.
Je demande à la personne si mes informations l’intéressent. Si oui, je lui demande de m’inviter sur son arbre.
Alors dans les cases de post-it apparaît la case « post-it privé ». Si je la décoche, elle voit ce que j’écris sinon non, j’écris pour moi seulement.
Je note les données que je trouve dans les post-it des fiches correspondantes.
A la fin de mes recherches, je l’avertis que j’ai terminé et qu’elle peut aller y voir.
Elle va dans la rubrique « post-it sur cette arbre » dans le menu de droite, et si tout se passe bien, elle peut voir sur quelles fiches j’ai laissé des messages et les mettre à jour quand elle a le temps .


et là, on approche de l’indexation, voire de l’arbre global…

Jean Pierre Lubac





Après avoir retrouvé la lignée maternelle de Marie Lubac (voir Elisabeth Arnichand), nous nous intéressons à sa lignée paternelle, à savoir les ancêtres de Jean Pierre Lubac.
 
Le mariage de Jean-Pierre Lubac et Elisabeth Arnichand a eu lieu à Saint-Marcel d’Ardèche dix jours après la publication des bans :
 
mariage-lubac-arnichand


« aujourd’hui quatorze germinal de lan quatre de la republique française
une et indivisible a huit heures du matin pardevant nous joseph berengier
officier public sont comparus le citoyen jean pierre Lubat journalier
résidant a lapalud, fils légitime a feu Claude Lubat et a feu Marguerite
gaillard
agé de trente quatre ans deux mois dune part et la citoyenne
Elisabet arnichand fille legitime a feu Estienne arnichand et a marianne
Cazelin agée de dix huit ans six mois dautre part. Lesquels futurs
conjoints etait accompagnés de gabriel Bergeron son neveu, de
jean françois marquet, joseph berengier fils, baptiste deydier
cest trois derniers domiciliés de cette commune et le premier de
celle de la Voute auxquels lecture faite de l’acte de publication
et promesse de mariage entre les futurs conjoints dressé par
moy et affiché le meme jour au lieu ordinaire des affiches ou
il a resté pendant trois jours sans quil soit receu d’aucun cotté
aucune opposition au mariage dont sagit […] »

Il nous faut bien les deux actes pour réunir le plus d’informations possibles : « Jean Pierre Lubat, cultivateur à la Voulte, résidant à Lapalud, fils des défunts Claude Lubat et Marguerite Gaillard, âgé de trente quatre ans deux mois. » On y trouve aussi le nom de son neveu, témoin au mariage : gabriel bergeron, ce qui nous assure une assistance complémentaire. L’indexation de son acte de naissance est disponible en ligne sur Geneanet :
 
Naissance à la Voulte le 19 août 1770 de Gabriel, fils de Jean Bergeron et de Marguerite Lubac ou Lavoula.
 
Ce détail va rapidement s’avérer précieux.
 
S’il a 34 ans et deux mois en avril 1796, cela veut dire que Jean Pierre Lubat est né aux alentours de février 1762, ce qui est cohérent avec l’âge donné à son décès. Voici le seul acte qui ait l’air de se rapprocher de ce que nous cherchons dans les Archives en ligne de La Voulte-sur-Rhône :
 
jean-pierre lubac

« L’an mil sept cent soixante deux et le dixième janvier
a été baptisé jean pierre lavoula né le huitième du
meme mois fils legitime a claude et a margueritte
blachon des isles de la voulte
le parrain a été fabien
parpalion et la marraine jeanne lavoula sa soeur ont
été presents charles daurce et le pere de l’enfant illettrés
ainsi que le parrain et la marraine » Cellier vicaire


Je crois que je n’ai jamais vu autant d’embûche pour un seul couple….smiley
 
Voici donc Jean Pierre Lavoula, frère de Marguerite Lubat dit Lavoula.
Sa mère se nomme ici Marguerite Blachon et non Marguerite Gaillard. (Ce qui le rapproche du Jean Lubac résidant à Lapalud en 1788.).
 
Les actes suivants sont les actes de décès des parents :
 
deces-claude lubac-et-marguerite


Inhumation de Claude Lavoula décédé aux isles de La Voulte le trente et un novembre 1764 à l’âge de 58 ans environ et de Marguerite Gaillard, femme de feu Claude Lavoula le six décembre âgée de quarante huit ans.

L’acte suivant est celui du mariage de Marguerite Lubac ou Lavoula, en date du 4 juillet 1769 (p188) et ne nous apprend rien, si ce n’est que Marguerite est « Lubat dite Lavoula » et que sa mère est Marguerite Gaillard.
 
A ce stade, si nous retrouvions l’acte de mariage des parents de Jean Pierre, nous pourrions peut-être reculer d’une génération. Réalisant que la mère a environ 48 ans, je pense à un mariage au moins 20 ans plus tôt : 1744 par exemple, à La Voulte… Mais en épluchant soigneusement les actes en ligne pour cette période – et il faut vraiment bien regarder car les actes ont été très mal microfilmés, ils sont difficiles à lire et les mentions en marge sont rares -, je ne trouve plus rien à La Voulte avant la naissance de Marguerite en 1749. Je reste le bec dans l’eau…
 
Je trouve cependant des remarques qui m’intriguent. Particulièrement l’acte de mariage de Mathieu Nat avec Hélène Chassoulier en 1752 (p112) :
 
« Mathieu Nat originaire des isles de la Voute à la part du Dauphiné »
 
C’est vrai que je ne suis pas de la région et que certaines subtilités m’échappent !
Je me lance alors dans une recherche Qwant (car je préfère le moteur de recherche français !), mais hélas il faut bien accepter qu’il est parfois moins performant que Google. Il faut alors une recherche avancée « les iles de La Voulte », car sinon la recherche se perd dans les Caraïbes… Et même là, peu de références, suffisamment tout de même pour nous éclairer :
« Pierre Dauteville, originaire de Grenoble, établi aux iles de la Voulte paroisse de Livron et de Loriol » […]
 
Ces îles de la Voulte sont une particularité géographique intéressante, j’y ai consacré un article spécial.
 
Je reprends donc les recherches sur les actes de Livron, dans la Drôme (les actes concernant la famille sont très peu nombreux à Loriol). Ils sont eux aussi très difficiles à déchiffrer, j’opère le plus souvent par sondage (toutes les dix pages par exemple).
 
Tout d’abord, j’essaie de retrouver cet acte de mariage. Mais il m’échappe. Après un moment de découragement, je choisis alors d’aller de l’avant pour trouver éventuellement des actes de décès bien renseignés.
J’ouvre le registre des années 1759 à 1790 et dès la première page :

deces-blachon

« Lan que dessus et le sixieme janvier a eté inhumée
margte Blachon Vve gaillard décédée le jour precedent
agée d environ soixante quinze ans present Sr Pierre frezet
precepteur de la jeunesse de ce lieu signé avec nous et de
Barthelemy Berlet ileteré de ce enqs et requis »
Deparquet vic

Me fiant à la manière dont l’acte est rédigé, je parie pour un acte de mariage dans les registres de Livron. Il est alors assez facile de le retrouver :
(Je ne montre pas l’acte car la lecture en est malaisée (p87).) En voici la retranscription :

« Ce dit jour et an que dessus [neuvième juillet 1711] Louis gaillard fils de Pierre et de feu Louise Blanc ses pères et mère d’une part, et honnete Marguerite Blachon, fille de Jean et de Marguerite Rossignol ses peres et mère d’autre après les trois publications de leur promesse de mariage faites aux prones des messes paroissiales des trois dimanches consécutifs, ont reçu les bénédictions nuptiales, en présence de […] tous illettrés. »

L’acte de décès de Marguerite Rossignol le 26 septembre 1723 est plus complet :
« Marguerite Rossignol, de la paroisse de Saint-Mamans veuve de Jean Blachon de la paroisse de Montelier […] est décédée le 24 du présent à dix heures du soir agée d’environ 43 ans. » Témoin : Pierre Blachon.
 
En remontant dans les registres et en utilisant avec précaution les arbres en ligne sur Geneanet, il est ensuite possible de retrouver les ascendances de ce couple, ainsi que la famille Gaillard, tous catholiques au XVIIème siècle.
L’acte de naissance de Marguerite Gaillard reste cependant introuvable. Il y a quelques actes dont les dates correspondraient, mais il s’agit toujours d’une Marguerite Blachon et les parents nommés ne sont pas ceux que nous attendons.
Louis Gaillard étant décédé en 1720, il se peut qu’elle soit connue sous le nom de sa mère. Il est étrange toutefois que ce ne soit pas le cas de ses soeurs Florence et Elisabeth. Une erreur dans l’enregistrement de la naissance est possible, mais rien ne peut l’affirmer.
 
En suivant la chronologie des actes, je trouve alors en 1739, p240, l’acte de mariage de Claude Lubat et Marguerite Gaillard (« Claude Devoulas » et « Marguerite Blachon »):

mariage-claude-lubac
L’an mil sept cent trente neuf et le quartorze
juillet après avoir fait les proclamations
accoutumées pendant trois dimanches
consécutifs sans qu’il aye aparu aucun
empechement canonique ou civil et ayant
receu les consentement mutuel des parties par
parolles des present suivant lusage a leglise
jay beni le marige dentre claude devoulas
du mandement de la voulte et marguerite blachon
du mandement de livron en presence des sousignes
non les parties pour ne savoir de ce enquis
et requises.

signé (entre autres) Montresse curé

Je le reproduis car c’est un des rares actes lisibles ! …mais il ne nous apprend rien de spécial.
 
S’ensuit alors une recherche minutieuse dans les registres à la recherche d’autres indices.
Recoupement de témoins, de parrains…
Commencons par l’acte de naissance de Suzanne, fille de Pierre Luba dit Lavola. Je le reproduis malgré la mauvaise qualité du microfilm car il a un double intérêt – généalogique et historique :

(cliquez sur l'image pour la visionner plus clairement)

(cliquez sur l’image pour la visionner plus clairement)


« le dixneuvième decembre mille septcent quarante cinq a été
batisée dans leglise de livron Suzanne nee le meme jour fille
naturelle de pierre luba dit lavola et de catherine guigonne

lesquels ont epousé dans une assemblée devant Louis Ranc predicant
en presence de Claude Luba dit Lavola
qui me la ainsi cerftifie et
joseph combe […] »
signé Dejainas Vicaire

 
Une « assemblée » devant un « prédicant », cela signifie que les parents sont protestants et se sont mariés « au désert ». Leur mariage, du point de vue catholique, n’est donc pas légitime. Ils « vivent en concubinage public », trouve-t-on ailleurs.
L’enfant est donc « naturel », mais pas « légitime » (peut-être pourrait-on rapprocher cela de l’acte de naissance de Marianne Cazelin ?).
Jean Pierre Lubac est lui légitime, puisque ses parents se sont mariés à l’église catholique.
 
Je reproduis ici le beau texte du Musée du désert consacré aux « nouveaux catholiques », ceux qui ont fait « abjuration de l’hérésie de Calvin » après 1685, date de la révocation de l’édit de Nantes :

« Malgré les apparences, beaucoup de protestants ont abjuré du bout des lèvres et la foi continue à brûler dans les cœurs. Une Eglise de l’ombre, appelée « Eglise du Désert », clandestine, va se lever, et va célébrer en cachette, dans les endroits isolés, déserts, le culte interdit.
Ainsi se trouvent côte à côte deux organisations ecclésiales : l’une officielle, l’autre interdite, pourchassée, condamnée mais qui restera vivace jusqu’à ce que la révolution établisse la liberté de conscience. Le seul état civil reconnu est désormais géré par l’Eglise catholique.
Beaucoup de protestants se refusent à faire baptiser leurs enfants ou à célébrer un mariage devant le curé de la paroisse. Ce serait affirmer l’appartenance à une doctrine qu’ils rejettent. Les baptêmes, les mariages vont être célébrés par les pasteurs itinérants, « au Désert ». Ils seront inscrits sur des registres sans aucune valeur légale, mais pièce à conviction mortelle pour qui les détient. Des extraits sont libellés sur de petits billets, ou sur les pages des bibles familiales.
De telles pratiques sont sévèrement condamnées : peine de galère ou de prison, fortes amendes (souvent 1500 à 2000 livres, soit 7.000 à 10 000 € d’aujourd’hui) ou séparation des ménages considérés comme concubins. Les enfants, assimilés à des bâtards sont privés d’héritage. On force les parents à les faire baptiser sous peine d’enlèvement et de détention dans des couvents.
Pour marquer une union, les couples ont souvent recours au notaire qui enregistre la promesse de mariage. Quelques protestants vont quand même voir le curé qui célébre le baptême ou le mariage, donnant une existence légale à l’enfant ou au couple, puis ils iront dans une assemblée clandestine où le pasteur officiera selon « la discipline des églises réformées ». »

et ce jusqu’aux environ de 1770.
 
Revenons à ce dernier acte. Nous retrouvons Claude Luba dit Lavola. Supposons une certaine règle dans les surnoms, Pierre et Claude sont probablement frères, ou tout du moins très proches cousins. Dans les registres, nous trouvons aussi Jean-Louis Luba dit Lavola. Une génération plus tard, les enfants de Jean-Louis et ceux de Pierre sont dits « cousins ».
Or Jean-Louis Luba et Louise Merle « n’ont point épousé à l’église ». Le père de Louise est « mort hors de l’église », c’est-à-dire protestant lui-même, ayant refusé les sacrements catholiques. Louise Merle « a été inhumée selon le rite des non catholiques ». Certains de leurs enfants épousent aussi « au désert ».
Les registres protestants de Livron de 1770 à 1785 sont en ligne. On y retrouve l’acte de décès de Pierre Lubac « dit LaVoula », qui ne nous apprend rien de plus sinon qu’il serait natif de Pommier, mandement de la Voulte. Les noms de ses parents ne sont pas renseignés (sa fille Suzanne, déclarante, ne les connaissait pas), le prénom de sa mère pourrait avoir été confondu avec celui de sa femme.
Y figurent aussi les actes de mariage de ses filles et de ses neveux. On en retrouve certains dans ces actes assez rares dans les archives catholiques de « réhabilitation des mariages en faveur des non catholiques » effectués après 1789 : une trentaine de pages.
Etant donné le risque encouru, il est peu crédible qu’ils aient été des « nouveaux convertis ». Je pense qu’on peut y voir des descendants de vieilles familles protestantes, ce qui montre une belle survivance de cette foi dans la commune.
 
Pour Claude, c’est un peu différent. Une vraie histoire d’amour ? Sa femme étant d’ancienne famille catholique à ce qu’il semble, il aurait accepté, au moins pour lui plaire ou plaire à ses parents, les rites catholiques (mariage à l’église, enterrement catholique). Le fait que les actes les concernant soient si succincts proviendrait peut-être alors d’une certaine réticence des curés à leur encontre.
 
Si on fait des recherches poussées concernant les Lubac, ceux d’Ardèche en tout cas, on en trouve des catholiques (principalement à Saint-Victor), et des protestants (entre autres à l’Alboussière au nord de la Voulte, comme nous l’avons déjà vu). Les registres protestants n’étant pas numérisés pour la période entre 1685 et 1749, il nous est difficile de le vérifier de cette manière-là. Les registres catholiques sont indisponibles entre 1697 et 1714 pour La Voulte.
 
Par curiosité, on peut citer un ancien contrat de mariage datant de 1643 environ, entre « Noé Lubac marchand tanneur, fils de feu maître Jacques, de la paroisse de Saint-Barthélémy-le-Meil avec Marie Chambaud de la ville du Cheylard ». Les enfants ne figurent pas sur les registres catholiques.
 
Avec les Lavoulas, aurons-nous plus de chance ?
Peu de choses en ligne. Continuons à scruter les registes catholiques de Livron et de La Voulte.
Nous retrouvons Gabriel Dusserre, parrain de Marguerite, fille de Claude. Il a épousé en 1740 à La Voulte Françoise Lavoulas, dont les parents sont Jean Lavoula et Jeanne Souchier. Ils habitent aussi sur les îles de La Voulte.
Le jeu des parrainages et des témoignages divers nous permet de reconstruire la fratrie suivante :
Jean (époux Souchier), Elisabeth (épouse Brotte), Jeanne (épouse Marcellin), qui se sont mariés à l’église catholique avant 1721. (Marc Antoine Marcellin, fils de Jeanne s’est pourtant mariés « au désert »).
Sur l’acte de mariage d’Elisabeth, une avancée notoire : elle est appelée « Elisabeth Avoulas, fille à feu Claude et Madeleine Gounet » ou Granet.

mariage-jeanne-avoula
Et là, les renseignements sur Généanet sont plus fournis, notamment une famille à… Saint-Barthélémy-le-Meil. Dont un Claude né en 1672, dont on est sans nouvelles… Cette famille semble plutôt catholique.

Ma dernière hypothèse :
Claude Avoulas se marie avec Madeleine G... vers 1690
	Ils ont plusieurs enfants entre 1690 et 1700 : Jean, Jeanne, Elisabeth, YY...
		Cette YY Avoulas se marie avec XY Lubac.
			Ils ont plusieurs enfants à La Voulte entre 1705 et 1714. 
			Ils meurent avant 1715.
				Claude, Jean-Louis, Pierre...		
Ou YY serait une soeur de Claude 1672, ce qui ferait des dates moins rapprochées.

A confirmer ou infirmer...

Il faudrait pour cela, trouver par hasard des données en ligne sur des registres catholiques que je n’aurais pas encore feuilletés (et j’ai parcouru une grande partie des registres dans les 15km à la ronde, pas tous les registres protestants cependant).

Soit, plus sûrement, retrouver ou moins un contrat de mariage dans les archives notariales à Livron ou aux archives départementales à Valence ; ou dans celles de La Voulte ou aux archives départementales à Privas. Ces arcives ne sont pas en ligne pour l’instant.

Au choix :
- à La Voulte
	Claude Avoulas et Madeleine G. vers 1690
	tout autre mariage Avoulas, homme ou femme.
	XY Lubac et YY Avoulas vers 1705 ?
	Tout autre mariage Lubac dans la période 1680-1710
	Claude Lubac dit Lavola et Marguerite Gaillard dite Blachon (1739)
- à Livron : 
	Claude Lubac dit Lavola et Marguerite Gaillard dite Blachon (1739)
	Pierre  Lubac dit Lavola et Catherine Guigon dite Sennas (1744-1745)
	Jean-Louis Lubac dit Lavola et Louise Merle (vers 1740)

Eventuellement des testaments, dans les archives des deux villes.

NOUVELLE BOUTEILLE À LA MER !!!

Vous pouvez voir l’arbre de Jean-Pierre Lubac et Elisabeth Arnichand sur l’arbre de leur descendant Didier Leaune.

Elisabeth Arnichand




Je commence ma recherche des origines d’Elisabeth Arnichand par l’acte le plus ancien connu jusqu’à présent pour le couple Lubac-Arnichand : l’acte de naissance de Marie Lubac datant du 20 messidor an IV (l’enfant étant né la veille, soit le 7 juillet 1796) :
                                                                      
Le père, Jean-Pierre Lubac, est dit natif de la commune de La Voulte, département de l’Ardèche,« domicilié au dit Bollène » : on ne dit pas depuis quand. Il est illettré.
La mère est « la citoyenne arnichand son épouse native de la commune de St maichal dadèche ».
 
L’acte suivant est la naissance de Jean Pierre, fils du « citoyen jean pierre lubat, cultivateur » qui déclare que la « citoyen elisabeth arnichant, son épouse en légitime mariage » est accouchée d’un enfant mâle auquel il a été donné le prénom de jean pierre.
La nouveauté est qu’on dispose alors du prénom de la mère. Mais ce qui est surtout remarquable dans cet acte, on verra plus tard pourquoi, c’est que son nom de famille semble être rajouté plus tard, ou par une autre personne sur des petits points de suspension :

citoyen arnichant

Il y a peut-être aussi une naissance en 1810, mais les actes n’étant pas numérisés pour cette année-là, on ne peut être sûr de la parenté. L’enfant, Elisabeth Catherine, n’a vécu qu’un jour.
Pas d’autre naissance, pas d’autre décès à Bollène concernant cette famille jusqu’à l’acte de décès de Jean Pierre Lubac :

deces-jpl

« Du neuf février mil huit cent seize
de Pierre lubac cultivateur âgé de cinquante cinq ans
décédé aujourd’hui a cinq heures du matin né a la Voûte
l’ardèche Domicilié a Bollène Epoux d’Elizabeth arnichamp    
(n.b.: on a bien là le son « an » dont on aurait pu douter sur les actes précédents)
sur la déclaration a moi faite Par Etienne arnichamp       (tiens, tiens ! un nouvel Arnichand ! à suivre)
cultivateur de Bollène beaufrer du defunt et Par Jean     (c’est le beau-frère ! la famille s’agrandit!)
Joseph Bourbonnet instituteur de Bollène et a signé
non led.arnichamp pour ne savoir »

Pierre Lubat serait donc né vers 1761 à La Voulte d’Ardèche.
 
Mais nous apprenons surtout dans cet acte de nouvelles informations concernant Elisabeth, en particulier que son frère Etienne est aussi installé à Bollène. Nous devrions pouvoir trouver des actes le concernant dans les registres de cette commune.
Commencons par les mariages. La table décennale de Bollène nous indique qu’il s’y est marié en 1816 à Rose Galon.
Cet acte (page 9) se trouve très riche en informations :

etienne-mariage

« Du vingt un septembre mil huit cent quatorze
acte de mariage d’etienne arnichand cultivateur
agé de trente ans né à St marcel D’ardèche le vingt
un juin mil sept cent quatre vingt quatre
, fils
majeur d’étienne arnichand décédé audit St marcel le quinze
janvier mil sept cent quatre vingt sept
et de marie anne
Ricard décédée au St Esprit Département du Gard le quatorze
juin mil huit cent six
. ledit Arnichand demeurant audit
St Marcel. »

Des actes comme celui-là, on en voudrait plus souvent ! une bise à celui qui l’a écrit !
Mais ne nous enthousiasmons pas trop vite…
 
1. Il nous faut pour l’instant laisser de côté l’acte de décès de Marie Anne Ricard à Pont-Saint-Esprit, les archives du Gard n’étant pas en ligne.
 
2. L’acte de naissance de Etienne, fils, nous confirme ce qui est écrit ci-dessus concernant sa naissance. (http://www.archinoe.net/ark:/39673/be94c0fd264f4e6c0eafc88caacd86ec)(deuxième acte)
 
3. L’acte de décès de Etienne, père, est déroutant (et décevant, pas de bise à la personne qui a photographié l’acte sans redresser le registre, le bord droit a disparu):

deces-etienne-pere

« etienne arnichand de la paroisse de st gloups
marié à st marcel de pierre de bernis avec maria…
fille de magdeleine peaullane, travailleur de
terre, mort au dit st marcel le quinze janvi
mil sept cent quatre vingt sept agé d’environ
quarante ans, munis des sacrements de l’église
a été enterré dans le cimetière dudt st marcel
le dix sept desd mois et an presents pierre labias
et jean estienne desserres illetré enquis Saladin »

Etienne Arnichand, père, est donc né vers 1747 dans une paroisse dont le nom commence par Saint-Gen… . Ce qui nous donne comme possibilités : Saint Genest-Lachamp, Saint-Genest-de-Beauzon, Saint-Genest-en-Coiron, ou même Saint-Georges, plus improbable, toutes communes bien éloignées de Saint-Marcel-d’Ardèche. Il peut aussi s’agir d’une paroisse dans une commune portant un autre nom…
Sa femme a perdu son nom de famille et se définit par le nom de sa mère (pour nous, c’est mieux, vous verrez).
 
Par quelle piste continuer ?
Je choisis de remonter dans le temps pour trouver un autre enfant du couple.
L’acte précédent date de 1779, un des premiers actes du registre 1779-1783 :

henry

« henry arnichant fils légitime a Estienne et de marianne caselin maries de St marcel de pierre de bernis, né le huitième jour du mois de janvier de l’année mil sept cent soixante dix neuf à onze heures du soir a été baptisé le dix des dits mois et an par nous vicaire sous signé, son parrain a été jean nougaret et sa marraine marie aufève… »

Aïe ! la mère d’Henry ne porte pas le même nom que celle d’Etienne ! Marianne Caselin serait décédée entre 1779 et 1783 et Etienne remarié à Marianne Ricard ?
Entre les deux naissances, pas d’acte de décès ni d’acte de mariage, que s’est-il passé ? Ayant étudié les actes de la région, je sais que les Arnichand sont à Saint-Montan, Saint-Thomé, Viviers, mais pas à Saint-Marcel. A Saint-Marcel, il ne me semble pas avoir vu d’Arnichand avant 1779, je fais donc l’impasse (en fait, il y a bien un mariage, mais dans l’état actuel des choses, il ne nous servirait pas, nous y viendrons plus tard).
 
J’ai le choix entre deux hypothèses. Je choisis d’abord la suivante :
Si on ne trouve pas dans les registres catholiques les actes de décès de Marie Anne Caselin et de remariage d’Etienne avec Marie Anne Ricard, c’est peut-être qu’ils sont protestants. Je ne me rappelle pas avoir vu un seul Arnichand protestant, et d’ailleurs, il est enterré selon le rite catholique -bien que ce ne soit pas si simple… Mais peut-être sa femme l’était-elle ?
Après des recherches rapides, je ne trouve pas de mariage Arnichand sur les registres catholiques de Saint Genest-Lachamp, Saint-Genest-de-Beauzon, Saint-Genest-en-Coiron dans les années 1770. Rien non plus dans les registres protestants.
 
En ce qui concerne les Lubac, rien entre 1750 et 1770 dans les actes catholiques non plus à La Voulte, une seule occurrence d’un décès, c’est peu significatif. Je me retourne donc aussi vers les registres protestants de La Voulte-sur-Rhône.
Je trouve, entre autres, dans le registre de 1752 à 1761, PRD 03-1, pasteur Alexandre Vernet, page 172:
Jean Pierre Lubac, né le 22 août 1756, fils de Paul et de Marie Manson, du lieu des bergerons, paroisse de Saint-Didier. C’est sur la commune d’Alboussière, une quinzaine de kilomètres au nord de La Voulte.
Tant que nous n’aurons pas d’acte ou de contrat de mariage, nous ne pourrons rien affirmer. Mais la piste des protestants n’est pas totalement à exclure, pour cette lignée-là du moins.
Les registres protestants sont très longs à dépouiller, j’abandonne pour l’instant.
 
Je reprends donc les recherches concernant cette fois le décès d’Elisabeth Arnichand, veuve Lubac, qui pourrait nous donner des indications plus précises sur sa naissance.
Son acte de décès ne figure pas dans les tables décennales de Bollène, ni à « Arnichand »,  ni à « Lubac ».
On sait qu’elle ne s’est pas remariée à Bollène. Rien non plus dans les publications de mariage. Je tente ma chance dans les recensements.
En 1836, elle vit à côté de chez sa fille, épouse Estran, avec un couple de trente cinq ans, les Servier. (tome 2 page 60) : « Arnichand, M. Elisabeth, 60 ans »
En 1841, elle vit toujours avec sa fille : « Lubac, Elisabeth, veuve » (tome 2 page 59).
En 1845, elle ne figure plus sur les recensements.
Elle est peut-être : vivante ailleurs, décédée à Pont-Saint-Esprit, décédée dans un hôpital d’une autre ville. Je recherche sur les communes d’Orange et de Montélimar, les hôpitaux les plus proches. Rien.
 
Il me reste alors une solution : l’exploration systématique des autres actes de la famille Arnichand à Bollène, soit les enfants d’Etienne.
Petit aparte : Etienne Arnichand est Médaillé de Sainte-Hélène (cela veut dire que, combattant des armées napoléoniennes, il était encore vivant en 1857 – de fait, il est décédé en 1861). Il a fait les campagnes de 1805 à 1814, dans l’artillerie.
Selon les tables décennales, il a eu quatre filles avec Rose Galon. Or sur un arbre en ligne sur Geneanet, il a aussi un fils, Joseph Etienne, né à Bollène le 31 janvier 1830. Je recherche l’acte sur les registres. Pas d’acte Arnichand pour cette date, ni dans les jours suivants. Je regarde de plus près l’acte concernant le 31 janvier :

joseph-etienne-richard

« L’an mil huit cent trente et le premier février à dix heures du matin, devant nous Pierre François Valere de Gaillard-Lavaldene, Maire, officier de l’état-civil de la ville de Bollène (Vaucluse) est comparu Etienne Richard cultivateur domicilié à Bollène, lequel nous a presenté un enfant de sexe masculin né hier à trois heures du soir de lui déclarant et de Rose Galon son épouse et auquel il a donné le prénom de Joseph Etienne […] qui ont signé, non le dit Richard pour ne le savoir. »

!!

Je recherche alors sur les tables entre 1841 et 1845 le décès d’une Elisabeth Richard

deces-elizabeth

« L’an mil huit cent quarante cinq et le vingt neuf mars à onze heures du matin devant nous Etienne Violet, maire officier de l’état civil de la ville de Bollène (Vaucluse) sont comparus MM Jean François Donnier, âgé de septante quatre ans, et Auguste Pelgrin, âgé de quarante quatre ans, administrateurs des Hospices Civils de cette ville, domiciliés à Bollène. Lesquels nous ont déclaré qu’Elizabeth Richard, sans profession, âgée de septante deux ans, née à Saint-Marcel d’Ardèche, domiciliée à Bollène, veuve de Pierre Lubac, est décédée dans les dits Hospices aujourd’hui à trois heures du matin ainsi que nous nous en sommes assuré en nous y transportant et ont les déclarants signé avec nous le présent acte après lecture faite. »

…bon. Ça, c’est fait…
Ils y tiennent absolument, elle est née à Saint-Marcel-d’Ardèche… j’y retourne.
72 ans en 1845, cela veut dire qu’elle est née vers 1773.
Je remonte donc les actes depuis 1779. Pas d’acte de naissance en 1775, 1774, 1773, 1772.
Et là… un acte de mariage :

mariage-cazelin

« Mariage Etienne arnichant et marianne Cazelin
L’an mil sept cent soixante douze et le
vingt huitième jour d’octobre après une seule
publication des bans légitimement faite
dans cette église paroissiale de st marcel de
pierre de bernis sans découvrir aucun
empêchement ni cannonique ni civil dispense
obtenue des deux autres publications de mr l’abbé
de Rochemaure vicaire général nous soussignés
avons solennelement beni selon la forme
du st concile de trente le mariage d’entre
etienne arnichant fils légitime à feu
antoine arnichant et à feu claudine
vigne
natif du lieu des baumes de montbrun
paroisse de st gineis en coiron
habitant
depuis sept à huit mois dans le présent
lieu de St marcel d’une part, et marianne
cazelin fille légitime à feu joseph cazelin
et magdeleine paulhand de St marcel
[…] »

Etienne Arnichand s’est marié en 1772 avec Marianne Cazelin « fille de magdeleine paulhand », celle qui figure aussi sur l’acte de décès. Elle est donc encore vivante en 1787, c’est elle aussi qui figure sur l’acte de mariage d’Etienne, fils, sous le nom de Marianne Ricard. Il n’y a donc eu qu’un seul mariage et les actes entre les deux dates correspondent aux mêmes personnes :
Etienne Arnichant et Marianne Cazelin > parents de Henry en 1779
Etienne Arnichant et Marianne Ricard > parents d’Etienne en 1784.
 
J’ai dû passer l’acte de naissance d’Elisabeth, je reprends le registre.

naissance-elisabeth

« L’an mil sept cent soixante quatorze et le
dix mars a été sollennellement baptizée dans
l’église de st marcel de pierre de bernis marie
elizabeth
née le même jour fille légitime
a etienne richard et a marianne ricard
mariés
habitants du dit lieu le parrain a été joseph autageon
sa marraine marie allamel presents joseph
gerboux et le parrain tous illettrés de ce
enquis et requis »

Sans l’acte de décès d’Elizabeth, je n’aurais pas pu repérer cet acte de naissance. On comprend aussi l’hésitation sur son nom dans l’acte de naissance de son fils Jean Pierre.
 
Nous nous retrouvons donc devant deux nouvelles énigmes :
– pourquoi Etienne Arnichand est-il appelé Richard ? ainsi que sa fille et son petit-fils ?
– pourquoi Marianne Cazelin est-elle nommée aussi Ricard ?
 
Remonter la généalogie d’Etienne se révèle ensuite assez facile, en suivant les actes et les arbres en ligne. On remonte jusqu’aux premiers ancêtres Arnichant connus à Mirabel (région du Coiron) :
Antoine Arnichant et Izabeau (Elisabeth!) Richard, mariés vers 1675 à Mirabel… l’explication du surnom, probablement.
 
Sur l’acte de mariage, on peut noter que le terme « légitime » a été raturé. Le nom du père est notoirement connu mais les parents ne sont pas mariés.
 
En faisant une recherche ( sur Généanet) sur le nom de la mère, on trouve rapidement une Madeleine Paulhian, mariée en 1739 à Saint-Marcel d’Ardèche, à Pierre Ricard (arbre de Thierry Granier). Voilà l’origine du second surnom ! En parcourant les registres, on retrouve le décès de Pierre Ricard en août 1748 à Saint-Marcel d’Ardèche. Viennent ensuite deux actes de décès d’enfants de ce couple en 1749… puis l’acte de naissance de « Jean Etiennne… fils naturel de magdeleine paoulian » en 1754.
Je vois les choses ainsi : après le décès de son mari, Madeleine « fréquente » Joseph Cazelin, peut-être de passage dans la région (marchand, militaire?). Elle a deux enfants : Marianne alors qu’elle vit notoirement avec lui, et Jean Etienne, alors qu’il est déjà reparti, ou décédé. Elle revient alors vivre à Saint-Marcel, où elle est connue comme la veuve de Pierre Ricard. Dans le langage courant, ses enfants en prennent aussi le nom, qu’ils emploient parfois eux-mêmes.
Une recherche sur le nom Cazelin donne une naissance de Marie Cazelin à Saint-Martin (le supérieur?) en 1750, mais on trouve pas d’acte. Les actes de Saint-Martin d’Ardèche, commune limitrophe de Saint-Marcel ne sont pas en ligne pour la période de 1749 à 1754, dates possibles de la naissance de Marianne.
Il vaudra mieux donc s’en reporter à l’acte de décès de Marianne Ricard à Pont-Saint-Esprit, qui nous dira – peut-être – où et quand elle est née.
 
Les ancêtres de Magdeleine Paulhand se retrouvent sur l’arbre de Didier Maurin par exemple:
http://gw.geneanet.org/kourcoutis?lang=fr&pz=manon&nz=maurin&ocz=0&p=magdeleine&n=pouillan
 
Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il nous faut encore trouver l’acte de mariage d’Elisabeth et Pierre Lubac. Les publications de mariage de Saint-Marcel d’Ardèche existant en ligne pour cette période, il nous reste bon espoir.

publi-mariage

« Le quatrième germinal lan quatre de la republique française
une et indivisible devant la porte principale de la maison commune
a midy a été publié le mariage du citoyen jean pierre Lubat cultivateur
de la voute fils légitime a feu Claude Lubat et a feu Marguerite gaillard
agé de trente quatre ans deux mois d’une part et la citoyene
Elisabet Arnichand fille a feu Estienne arnichand
et a marianne Cazelin, âgée de dix huit ans six mois d’autre part
dont l’extrait a été publié au lieu ordinaire par moi joseph Berenger
officier public à St marcel d’ardèche l’an et jour susdits. »

Cette fois-ci, les bords apparaissent bien, tout semble parfait… sauf que… Elisabeth est âgée de dix huit ans et six mois !
C’est-à-dire qu’elle est née vers septembre 1777 ! Voyons voir les registres….
Je n’avais pas vu cet acte, et heureusement, d’ailleurs !

maria-madeleine

Nous voilà bien ! C’est l’acte de baptême de Marie Magdeleine Arlichant, née le vingt et un juillet 1777, qui est fille d’Etienne Arlichant et Marianne Fabret… Ne nous laissons pas impressionner: il y a confusion avec le nom du parrain. Cette Madeleine est décédée à l’âge de quatorze mois. Sur l’acte de décès, la parenté est correcte, si on peut dire (Etienne Arnichand et Marianne Ricard).
 
Au moment de la publication de mariage, on peut dire que les officiers de l’état-civil ont une bonne raison de sélectionner cet acte-là, puisque « le vrai » est énigmatique et introuvable pour eux s’ils ne connaissent pas l’histoire de la famille. De toute façon, personne ne sait lire…
Espérons que les renseignements concernant Jean Pierre Lubac soient exacts !

Une enquête à rebondissements




J’ai un jour trouvé sur un arbre de Généanet, dans une « chronique familiale », la bouteille à la mer suivante:

« En généalogie, nous sommes toujours à la recherche d’un ancêtre, d’un acte, d’une date ou d’un lieu.
Mais je recherche particulièrement les renseignements suivants qui me permettraient de débloquer les branches posant problèmes :
 
Le mariage de Pierre Lubac, son ascendance et celle de son épouse, Elisabeth Arnichaud ou Arnichand.
Ce mariage a probablement eu lieu dans l’Ardèche, mais peut-être aussi dans le nord du Vaucluse ou le sud de la Drôme. Par contre, les recherches sur Bollène n’ont rien donné.
Quant à la période, il faut très certainement chercher peu avant 1796, leur fille Marie Anne étant née le 08/07/1796.
 
De même, l’acte de décès d’Elisabeth, qui pourrait donner une piste sur sa commune de naissance, n’a pas été trouvé sur Bollène. Peut-être s’est-elle remariée ? 
 
Le 16/01/1788 à Bollène (St Martin) mariage d’un Lubac Jean (24 ans, de La Voulte, domicilié à Lapalud depuis quelques temps, fils de feu Claude et feue Blachon Marguerite) avec Marie Anne Vernet. Jean est peut-être apparenté à mes Lubac ? »


J’aime le concept de « bouteille à la mer », je me prends au jeu et je lance l’enquête… Voici un résumé de mes enquêtes:
 
Elisabeth Arnichand
 
Jean Pierre Lubac

Annexes :                               

     Les îles de La Voulte
     Louis Ranc, pasteur protestant (en cours d'écriture)

 
Notez bien ma manière de référencer mes sources : pour ne pas surcharger les articles inutilement, je ne note que le n° de la page où se trouve l’acte.
Il faut comprendre :
archives en ligne du département Z / état civil / ville concernée / registre où figure l’année en question / n° de page

Les îles de La Voulte




Les îles de La Voulte sont une particularité géographique du fleuve Rhône.
 
Situées sur le Rhône à la hauteur de la ville de La Voulte, en Ardèche, leur configuration a longtemps varié au rythme des crues du fleuve.

les iles de La Voulte-satellite

(sur la rive gauche, les îles de La Voulte en 2016)

A l’époque gallo-romaine ou au Moyen-Âge, le fleuve suivait probablement un cours à méandres qui façonnaient une plaine alluviale favorable à l’habitat et à l’agriculture.
 
Puis « La métamorphose fluviale que le Rhône a connue à partir de la fin du Moyen-Âge a consisté en une adaptation du chenal fluvial à une charge de fond très abondante, dans une période de crise hydro-climatique connue sous la dénomination de « Petit Âge Glaciaire ». Incapable de transporter et d’évacuer cette charge, le Rhône s’est métamorphosé en un cours d’eau à tresses et à bancs de galets.  » (c’est-à-dire entre 1300 et 1860).
 
Le Rhône n’étant pas endigué à cette époque déplaçait les îles d’un bord à l’autre de ses rives, tantôt vers le Vivarais (Ardèche), tantôt vers le Dauphiné (Drôme). Elle étaient très peu habitées, et pratiquement plus au milieu du XIXème siècle. Les fermes sont revenues depuis, malgré les inondations très fréquentes.
 
Depuis des temps « immémoriaux », le Vivarais et le Dauphiné se disputaient ces îles, suivant qu’elles étaient proches de l’une ou l’aute rive. L’administration supérieure elle-même avait parfois du mal à trancher cette question. Il en reste toutefois que depuis au moins le XVIIème siècle elles étaient reliées officiellement au Vivarais, et plus particulièrement à La Voulte, d’où leur nom.
 
En ce qui concerne le culte protestant, au XVIIème siècle, les îles dépendaient de l’église protestante de Pierregourde-Beauchastel. En 1659, les protestants des Iles de La Voulte prièrent le synode national de Loudun de les autoriser à se séparer de La Voulte pour s’unir à Livron, qui était une ville plus ouvertement protestante, mais cela leur fut refusé, probablement à cause de cette dispute entre les deux régions pour l’obtention de ce territoire.
 
Parfois, il s’agissait seulement de baptiser l’enfant au plus vite à l’église la plus proche, malgré les crues du Rhône :

baptême Livron 1729


« l’an mil sept cent vingt neuf et le vingt huitième du mois de mai dans l’église paroissialle [de Livron] j’ay baptisé philippe Jourdan de la paroisse de lavoute à cause de la difficulté qu’il y avait à passer le Rone et le danger de mort [de l’enfant] ».


Cependant, il semble que depuis longtemps les habitants des îles avaient pris l’habitude de se rendre pour les actes officiels soit à La Voulte soit à Livron, suivant leur gré.
 
Au XVIIIème siècle, on remarque, que certaines familles allaient automatiquement faire baptiser leurs enfants à La Voulte, d’autres à Livron. Il se peut très probablement que cela ait aussi eu à voir avec la personnalité ou les consignes (ou la surveillance ?) des curés de chaque commune, avec le passé religieux des deux bourgs, si on se réfère aux registres catholiques de l’époque.
 
Ils leur arrivait aussi d’aller à Loriol (Drôme), mais cela est plus rare, ou à Beauchastel ou Saint-Laurent-du-Pape, en Ardèche.

les îles de La Voulte-gmap

Il existe à présent deux ponts reliant les îles à la commune de La Voulte et elles sont officiellement sur le territoire de l’Ardèche, même si elles sont très liées à tous les desiderata des travaux publics de la Drôme…

 

Sources :

Etude sur l’inondabilité de la plaine alluviale du Rhône dans le secteur d’Etoile-Livron
Jean-Paul Bravard, Claire Combe, Université Lyon 2, IRG-UMR5600, avril 2009.

Beauchastel, histoire civile et religieuse
par l’Abbé Aug. Roche, Imprimerie d’Aubenas, 1914
p437.

Archives de la Drôme en ligne,, Livron, registre paroissial 1723-1744, p133, en haut à droite.

 

Joe Russell Sitter, héros du Rio Grande

Joe Russell Sitter

ex-Ranger, Agent des Douanes mort en service (1863-1915).

(Joe Sitter se trouve devant les volets)

(Joe Sitter se trouve devant les volets)

Né à Castroville le 13 janvier 1863, Joseph Russell Sitter était le fils de Jacob Joseph Sittre et Marie Anne Virginie Rimbold. Tous deux nés en Alsace, ils avaient émigré aux Etats-Unis au milieu du XIXème siècle avec leurs parents pour peupler Castroville, dans le comté de Médina, au Texas, ville fondée par Henry Castro, « aventurier » français, et occupée à l’époque majoritairement par des Alsaciens, le plus souvent fermiers.

Après son mariage en avril 1884 avec « Maggie » Bendele, dont il eut trois enfants, il s’engagea dans la police montée du service des Douanes où il resta de nombreuses années.

Après la mort de sa femme, il démissionna et rejoignit le 1er août 1893 la Compagnie D des fameux « Texas Rangers ». Ces Rangers étaient chargés de faire respecter la loi du côté américain des rives du Rio Grande et dans toute cette région, alors politiquement très instable. Les bandes de pilleurs et de voleurs de bétail – autant mexicains que nord-américains – y étaient nombreuses, et violentes.

Le métier était réputé pour être très dangereux et les Rangers y restaient peu. C’est pourquoi Joe Sitter le quitta le 25 octobre 1896 pour retourner au service des Douanes (plus sûr et aussi, mieux payé). Il avait entre-temps épousé Margarita Eugencia Hinckley le 22 December 1894, dont il eut six enfants.

La situation à la frontière empira encore lors de la révolution mexicaine, à partir de 1910, et Joe Sitter contribua grandement à la sécurité de la région. Son travail était de parcourir la région du Rio Grande et de s’occuper des contrebandiers, des voleurs de bétail, des hors-la-loi en tout genre et des agitateurs révolutionnaires.

Il atteint une bonne notoriété de traqueur et chasseur d’hommes. L’historien Robert M. Utley a écrit de lui : « Le premier des gardes du fleuve dans le Big Bend était Joe Sitter, intense, musclé, à l’imposante moustache. Il a une longue et remarquable collection de réussites en tant que policier. Peu importe son titre : les habitants du Big Bend connaissait Sitter simplement comme « la Loi ». » Il a inspiré bon nombre d’écrivains de cette époque au Texas et a une bonne réputation auprès des historiens de cette période.

En ce qui concerne les circonstances de son décès, elles sont bien connues.

Joe Sitter était convaincu qu’un certain chef de bande mexicain, dénommé Chico Cano, était responsable d’une grande quantité de vols de bétail, de contrebande et de faits répréhensibles en général dans le sud du Comté de Big Bend.

In 1912, Sitter, l’Inspecteur des Douanes Jack Howard, et l’Inspecteur de bétail J.A. Harvick, se rendirent à un petit village le long du Rio Grande porteurs de mandat d’arrêt chargeant Cano de vol de chevaux et de mulets. Ils attrapèrent Cano lors d’une veille funéraire, lui mirent les menottes et repartirent en direction de Valentine, Texas. Mais alors qu’ils transportaient le prisonnier à travers les montagnes accidentées du Pilares Canyon, les frères et les amis de Cano les rattrapèrent en passant par le côté mexicain de la frontière et dressèrent une embuscade aux trois policiers. Dans la rapide escarmouche qui s’ensuivit, Sitter fut touché à la tête, Harvick blessé et Howard mortellement touché.

On pense qu’alors Sitter développa une vengeance personnelle envers Cano, bien décidé à le remettre à la justice. Mais il n’était pas si facile de le capturer. Il faisait partie de l’entourage de Pancho Villa et était informé et protégé par de nombreux amis le long du fleuve.

Le 22 mai 1915, Sitter se trouvait aux environs de Pilares et Porvenir avec des informations qui auraient pu lui permettre d’arrêter Cano. Il réunit une équipe qui comprenait son ami l’inspecteur (et ex-Ranger) Charles Craighead et trois Texas Rangers – Eugene B. Hulen, Harry Trollinger, et A.P. Cummings. Dans la nuit du 22, ils campèrent à l’entrée du Canyon de Pilares.

Au cours de la nuit, les policiers entendirent passer des chevaux, apparemment guidés par un homme. Au matin ils virent des traces près d’une source dans la Canyon. Ils discutèrent pour décider si c’était une embuscade et finalement Joe Sitter sépara l’équipe en deux et rentra dans le Canyon. Trollinger, Craighead et Cummings remontaient un des côtés du Canyon quand ils furent pris sous un feu sévère et opérèrent un retrait. Ils pouvaient voir Sitter et Hulen coincés en bas de l’autre côté du canyon et affirment qu’ils ont essayés cinq fois en vain de les atteindre. Lorsque la fusillade s’arrêta, ils crurent que Sitter et Hulen étaient morts ou avaient réussi à s’enfuir. Les trois policiers marchèrent quatre miles pour atteindre un ranch et demander de l’aide. Le jour suivant, une grosse équipe arriva sur place et trouva Sitter et Hulen nus, ayant reçu de nombreuses balles et leurs visages méconnaissables car ils avaient été écrasés avec de grosses pierres.

Joe Sitter fut enterré dans le cimetière de Valentine, dans le Comté Jeff Davis, Texas.

Le Ranger Eugene B. Hulen avait 36 ans et avait joint le service seulement deux mois auparavant. Son frère avait été Adjudant Général des Rangers.

Bien que personne n’ait pu identifier les auteurs de l’attaque, Chico Cano fut inculpé du meurtre de Sitter et de Hulen, mais il ne fut jamais poursuivi. Il devint capitaine dans l’armée révolutionnaire du Mexique. Il se retira dans son ranch au Mexique et mourut paisiblement le 28 août 1943.

 


En cliquant sur les liens, vous trouverez les articles qui m’ont servi de source et des photos  :

Joe Sitter :

la page souvenir éditée par sa descendante Shonnie Barlow sur le site de FindAGrave

 

Memorial Page des Agents morts en service.

en souvenir des héros de la police d’état.

Customs Agent Joseph Russell Sitter

 

Shériff Jim Wilson : Joe Sitter, Texas shootist

A l’occasion du centième anniversaire de l’assassinat de Joe Sitter, Jim Wilson a été contacté par Scott Tschirhart, arrière arrière petit neveu de Sitter qui souhaitait se rendre sur les lieux de l’attaque. Après bien des recherches, ils ont réussi à rejoindre cet endroit désertique (et encore dangereux). Ils ont scellé cet événement par une photo : deux policiers du Texas célébrant la mémoire de deux policiers morts en service…

 

Chico Cano :

(au centre)

Selon un témoignage recueilli par « La Cousine Elisa », Chico Cano en voulait beaucoup à Sitter de l’avoir humilié en l’attachant à un cheval lors de son arrestation et de l’avoir ensuite battu avec un lasso. Il reste des doutes cependant quant à son implication personnelle le 23 mai 1915.

 

Le Canyon Pilares

 

Plus de détails sur l’attaque (en anglais) :

The Texas Rangers and the Mexican Revolution: The Bloodiest Decade, 1910-1920, p190 et suivantes, par Charles Houston Harris,Louis R. Sadler  (Google boook)

Pour aller plus loin :

Il me semble que le roman de Philipp Meyer, Le fils, récemment publié, s’en inspire pour une part, spécialement l’attaque dans le canyon. Vous en apprendrez plus aussi sur cette période troublée.

La trilogie de Cormac McCarthy, Trilogie des Confins, les cow-boys de cette époque de la fin des cow-boys, à la frontière mexicaine et au Mexique. (De si jolis chevaux, Le grand passage, Des villes dans la plaine).

 

vous trouverez sa généalogie à l'adresse suivante : Joseph Russel Sittre 
et aux dernières nouvelles (janvier 2018), son arrière arrière petite fille Shonnie et moi venons de nous découvrir des ancêtres communs... 
à la treizième génération pour moi, la onzième pour elle. 
Et comme ces ancêtres sont des Bitsch de Burnhaupt-le-Bas, une bonne partie des Alsaciens de cette région lui sont apparentés.